Tuerie de l’école d’Uvalde au Texas : quatre ans après, le procès historique d’un policier jugé pour inaction
La police a-t-elle l’obligation d’agir ? C’est la question à laquelle devra répondre, in fine, le jury qui a été constitué lundi à Corpus Christi (Texas). Près de quatre ans après qu’un tireur a tué 19 élèves de neuf et dix ans et deux enseignantes dans une école primaire d’Uvalde, à 320 km de là, un homme est jugé pour la lenteur de son intervention.
Adrian Gonzales, ancien agent de police scolaire d’Uvalde, est accusé d’avoir mis plus de deux douzaines d’enfants en « danger imminent » pour « ne pas avoir engagé, distrait ou retardé le tireur », armé d’un fusil d’assaut.
La tuerie d’Uvalde, l’une des pires de l’histoire américaine des 15 dernières années, a marqué la mémoire collective du pays au fer rouge, en raison des lenteurs de la police à réagir. Malgré la mobilisation de près de 400 agents issus de multiples forces - shérif local, police d’État, police municipale, etc. -, ce 24 mai 2022, il avait fallu attendre 77 minutes et l’arrivée d’une unité spécialisée à l’école Robb pour que le tireur de 18 ans soit neutralisé.
Lundi, pendant plus de onze heures, les procureurs et les avocats de la défense se sont entendus sur un jury de douze jurés et quatre suppléants. Ces onze femmes et cinq hommes ont dû remplir un questionnaire de deux pages, cherchant à mesure leurs connaissances sur la fusillade, leurs éventuelles prises de parole publiques après les faits et leurs contributions financières aux cagnottes pour les victimes. Le questionnaire abordait également leur « impression générale de la réaction des forces de l’ordre », et la présence, parmi leurs proches, d’employés des forces de l’ordre.
« Je suis certain qu’il n’y a littéralement personne dans cette salle d’audience qui n’ait pas entendu parler de cette affaire », a fait remarquer le juge Sid Harle. Le magistrat a demandé aux jurés de mettre de côté leurs connaissances préalables de l’affaire pour juger en conscience Adrian Gonzales.
Adrian Gonzales plaide non coupable
L’accusation soutient que le policier, l’un des premiers sur les lieux, n’a pas neutralisé le tireur alors qu’il connaissait sa position, disposait du temps nécessaire pour intervenir et avait reçu une formation spécifique pour gérer les situations de tireur actif. Salvador Ramos, adolescent isolé et raillé, âgé de 18 ans, a agi seul et a été abattu sur place.
Les avocats de la défense estiment qu’il est injustement pris pour bouc émissaire et qu’il a fait son possible pour secourir les enfants. « Ces âmes précieuses ont été volées par un monstre ce jour-là, mais ce monstre n’était pas Adrian », a déclaré l’avocat de la défense Nico LaHood à la chaîne locale KSAT. « Il était là, il était présent. Il s’est mis en danger. Par conséquent, nous allons contester fermement la version du gouvernement, et ce sera le point litigieux devant ce jury. »
Adrian Gonzales, qui a plaidé non coupable, est le premier jugé, il pourrait être le premier policier condamné pour n’avoir légalement pas tenu son rôle de protecteur. En juin 2024, les procureurs ont aussi inculpé son supérieur, Pete Arredondo. Le procès de celui-ci ne cesse d’être retardé par une action en justice fédérale en cours. Elle avait été intentée après que la police des frontières américaine a refusé à plusieurs reprises aux procureurs d’Uvalde d’interroger les agents de la police des frontières intervenus lors de la fusillade.

