Mercosur : la ministre de l’Agriculture évoque une possible « application provisoire immédiate » de l’accord dès samedi
La commission européenne attendra-t-elle le vote du Parlement ? La présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen devrait signer samedi 17 janvier au Paraguay l’accord avec le Mercosur, malgré l’opposition de la France et la colère des agriculteurs dans l’Hexagone. Ce traité de libre-échange pourrait entrer en « application provisoire immédiate », a indiqué ce lundi 12 janvier au micro de BFMTV Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, disant s’opposer à une telle option.
Le Parlement européen doit en effet se prononcer sur ce texte explosif le mardi 20 janvier à Strasbourg. Et l’hémicycle européen pourrait saisir la Cour de justice de l’UE afin de suspendre l’accord. « La messe n’est pas dite », résumait la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon vendredi dernier.
Mais jeudi, la veille du feu vert du Conseil européen, la présidence chypriote a retiré une déclaration politique qui aurait permis de conditionner l’application de l’accord à un vote du Parlement européen. Une décision qui pourrait permettre au Mercosur « d’entrer en vigueur avant que le Parlement européen et ses élus ne donnent leur feu vert, à condition qu’au moins un des quatre pays du bloc Mercosur ratifie l’accord », explique le média Euractiv.
« Cela ne respecte pas nos méthodes de travail »
« La Commission européenne indiquait au Parlement européen en novembre dernier qu’elle ne proposerait pas d’application provisoire de l’accord Mercosur car cela ne respecte pas nos méthodes de travail. Et aujourd’hui, on nous dit le contraire. C’est incompréhensible ! » s’interrogeait dès vendredi sur X l’eurodéputé Renaissance Pascal Canfin.
Manon Aubry (LFI) dénonçait de son côté un « coup de force scandaleux » dans une vidéo diffusée sur Facebook. « Quoiqu’il y arrive, il devra y avoir un vote du Parlement européen », plaide la co-présidente française du groupe de la Gauche à Strasbourg et Bruxelles. L’eurodéputé belge Marc Botenga (Gauche) a lui aussi dénoncé une application provisoire « antidémocratique », assurant que l’accord nuira à l’agriculture durable et la santé des deux côtés de l’océan.
Malgré cette possibilité, Annie Genevard assure que « les parlementaires européens ont la main » dans ce dossier et doivent « convaincre ».
« On aurait préféré que l’accord ne soit pas adopté »
« J’ai toujours considéré (le Mercosur) comme mauvais », rappelle la ministre de l’Agriculture. « Et en même temps que la France se battait pour que l’accord ne soit pas signé, nous nous sommes battus aussi pour imposer la clause de sauvegarde, la réciprocité des normes, l’augmentation des contrôles », énumère-t-elle.
« On aurait préféré que l’accord ne soit pas adopté. Mais je peux vous dire une chose, c’est que ce combat que nous avons mené fait que les prochains accords de libre-échange, que l’Union européenne conclura au nom des pays membres, ne seront pas les mêmes qu’avant ces négociations sur le Mercosur », plaide Annie Genevard.
En France, la mobilisation des agriculteurs se poursuit ce lundi. Un dépôt pétrolier à La Rochelle et des silos à grains à Bayonne ont notamment été bloqués, dans le sillage d’un barrage filtrant établi ce week-end sur le port du Havre.

