« J’ai sauté sur ce gars pour sauver des innocents » : le témoignage d’Ahmed al Ahmed, le héros de la tuerie antisémite de Sydney
Sans lui, le bilan de la fusillade de Bondi Beach aurait été encore plus lourd. Ahmed al Ahmed, un commerçant syro-australien de confession musulmane, a été filmé en train de désarmer l’un des deux assaillants le 14 décembre dernier, dans une vidéo qui a fait le tour du monde. Lors de cette attaque, 15 personnes ont été tuées.
Ce soir-là, de nombreuses personnes étaient réunies sur place pour célébrer la fête juive de Hanoukka, quand deux hommes, un fils et son père, ont ouvert le feu. L’action d’Ahmed al Ahmed a été déterminante : il a désarmé l’un des terroristes. « J’ai sauté sur ce gars pour sauver des innocents », dit-il au micro de RTL dans une interview exclusive diffusée ce lundi 12 janvier.
« Quand je l’ai vu s’éloigner et se retourner, je me suis reculé un petit peu. Je me suis placé derrière une autre voiture et dès que j’ai pu, je me suis lancé sur lui », raconte-t-il. « Là, je l’ai attrapé par-derrière, je lui ai mis le bras autour du cou et j’ai dû me battre avec lui. J’ai dû lui arracher son arme. Je lui ai coincé le pied avec le mien, je l’ai renversé au sol », se rappelle Ahmed al Ahmed.
« C’était moi qu’ils visaient »
L’assaillant « a commencé à se relever » ensuite : « J’ai commencé à le traiter de tous les noms parce qu’il hurlait de son côté. Je lui ai dit de partir, il est parti, il a fait 20 m et il est revenu en arrière », explique Ahmed al Ahmed.
« Je lui ai dit : si tu reviens, je te tire dessus. Ce qu’il a fait, c’est qu’il s’est éloigné vers le pont, il s’est rapproché de son père et ils ont commencé à tirer de nouveau dans le tas. Mais là, c’était moi qu’ils visaient. (L’assaillant) était furieux que je lui aie arraché son arme », se rappelle le commerçant.
« Et là, j’ai senti une balle qui m’a touché le bras » se remémore Ahmed al Ahmed. « J’ai vu beaucoup de sang qui coulait. Je suis tombé au sol, j’ai cru que tout s’arrêtait là. Je savais lorsque je me suis lancé sur ce tireur que je risquais ma vie. Il était tout à fait possible que je disparaisse. J’ai sauté sur ce gars pour sauver des innocents », poursuit le commerçant.
« J’ai été terriblement touché de voir qu’il y a eu 15 victimes. Il aurait pu y avoir plus de morts », dit Ahmed al Ahmed, exprimant son chagrin et sa tristesse à l’évocation de la victime française de l’attentat, Dan Elkayam, un jeune de 27 ans.
« Je trouve beaucoup de soutien autour de moi »
La police a identifié les deux auteurs comme Sajid Akram, 50 ans, abattu par les forces de l’ordre sur place, et son fils de 24 ans, Naveed Akram. Ils auraient été influencés par l’idéologie de l’État Islamique.
Le geste d’Ahmed al Ahmed a été salué bien au-delà de l’Australie, comme un symbole de courage et d’humanité face à la haine. « Cet homme est un véritable héros, et je suis convaincu que beaucoup, beaucoup de personnes sont encore en vie ce soir grâce à son courage », avait déclaré en décembre Chris Minns, le Premier ministre de l’État australien de Nouvelle-Galles du Sud.
Touché au bras et à la main, Ahmed al Ahmed avait été hospitalisé. Une cagnotte de soutien en ligne lancée après le drame avait permis de récolter, en quelques jours, plus de deux millions de dollars à son bénéfice. « Je trouve de la chaleur humaine, beaucoup de soutien autour de moi, (avec des messages) du monde entier », salue le commerçant.
Que fera-t-il de la cagnotte ? Reprendra-t-il une vie normale une fois sa main totalement soignée ? « Il y aura de l’argent pour les soins médicaux », explique Ahmed al Ahmed, qui entend aussi « aider les pauvres ou d’autres qui auraient besoin de mon aide (…) Si je peux aider avec cet argent, je le ferai aussi ».
L’homme de confession musulmane appelle « à l’unité et la paix » : « Toutes les religions, quelles qu’elles soient doivent pouvoir ouvrer ensemble pour la paix. Nous sommes tous des êtres humains ».

