Iran : nouvelles manifestations malgré la coupure des communications, le fils du Shah appelle à la grève nationale
Après la contagion, l’embrasement ? Au treizième jour du plus important mouvement de contestation contre le pouvoir iranien depuis plus de trois ans, des manifestations ont eu lieu un peu partout en Iran vendredi soir, notamment dans la capitale Téhéran qui avait été peu touchée jusque-là. Malgré une coupure de tous les réseaux Internet et du téléphone, des habitants ont défilé par centaines sur plusieurs artères de la capitale, selon des vidéos vérifiées par l’AFP et l’agence Reuters.
Dans le quartier de Sadatabad, dans le nord-ouest de Téhéran, certains frappaient sur des casseroles et scandaient des slogans hostiles au pouvoir, dont « mort à Khamenei », en référence au guide suprême iranien. Ils étaient soutenus par un concert de klaxons d’automobilistes, selon l’une des vidéos authentifiées. D’autres images montrent des manifestations similaires ailleurs dans la capitale, à Yousefabad, Zafaranieh, rue Shariati, Sohravardi, Chitgar et Ekbatan, selon la presse iranienne en exil.
Des dizaines de morts
La télévision d’État iranienne, elle, diffusait des images d’affrontements et d’incendies, affirmant qu’il s’agissait de bus, de voitures, de motos, ainsi que des incendies déclenchés dans des stations de métro et des banques. L’agence de presse semi-officielle Tasnim a rapporté que plusieurs policiers avaient été tués pendant la nuit, sans que l’information puisse pour le moment être vérifiée de manière indépendante.
Depuis le début des protestations, le 28 décembre, dans les petites et moyennes villes au départ avant de gagner les métropoles et la capitale, le groupe iranien de défense des droits humains HRANA a déclaré vendredi avoir recensé au moins 62 morts, dont 14 membres des forces de sécurité et 48 manifestants.
Des chaînes de télévision en persan basées à l’étranger ont diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l’est, à Tabriz, dans le nord, à Chiraz, dans le sud-ouest, cinquième ville du pays, et dans la ville sainte de Qom. Le groupe iranien de défense des droits humains Hengaw a rapporté qu’une marche de protestation après la prière du vendredi à Zahedan, où la minorité baloutche est majoritaire, a été accueillie par des coups de feu qui ont blessé plusieurs personnes.
Dans la journée, des manifestations pro-gouvernement ont aussi eu lieu, et les autorités les ont laissées défiler.
L’Iran a traversé plusieurs périodes de troubles majeurs depuis l’instauration d’une République islamique autoritaire, notamment les manifestations étudiantes de 1999, les contestations électorales de 2009, les difficultés économiques de 2019 et les manifestations « Femmes, vie, liberté » de 2022.
Le précédent Mashi Amini
Déclenchées par le meurtre d’une jeune femme détenue par la police des mœurs islamique, Mahsa Amini, ces protestations ont rassemblé dans les rues des hommes et des femmes, de tous âges et de toutes conditions sociales. Le mouvement a été réprimé dans le sang, les autorités faisant des centaines de morts et des milliers de prisonniers, mais elles ont dû céder du terrain et les femmes iraniennes enfreignent désormais régulièrement les codes vestimentaires publics, bravant la vindicte des soutiens du régime.
Si les nouvelles manifestations, fin décembre, étaient axées sur l’économie, le rial ayant perdu la moitié de sa valeur par rapport au dollar l’année dernière et l’inflation ayant dépassé les 40 % en décembre, elles incluent maintenant des slogans visant directement les autorités.
C’est d’ailleurs sur ce point qu’a répondu, avec fermeté, l’inflexible ayatollah Khamenei. Dans une allocution télévisée, vendredi, le Guide suprême iranien a promis de ne pas céder, accusant les manifestants d’agir pour le compte de groupes d’opposition à l’étranger et des États-Unis. « La République islamique est arrivée au pouvoir grâce au sang de centaines de milliers de personnes honorables. Elle ne reculera pas face aux vandales », a-t-il déclaré, accusant les personnes impliquées dans les troubles de chercher à plaire à Donald Trump. Un procureur a brandi la menace de la peine de mort contre les protestataires. Jusqu’alors, pourtant, le régime, par la voix du président Masoud Pezeshkian, s’était efforcé de présenter les aspirations économiques du peuple comme légitimes, tout en renforçant la répression contre les émeutiers.
Oman à la rescousse ?
« Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n’aurait cru possible il y a encore quelques semaines », a affirmé le président américain Donald Trump, ravi de jeter de l’huile sur le feu en estimant que l’Iran avait « de gros problèmes ». Jeudi, il a de nouveau menacé de « frapper très fort » l’Iran si les autorités réagissaient en tuant des manifestants.
Dans un message posté sur les réseaux sociaux à l’aube, ce vendredi, le fils du shad d’Iran, Reza Pahlavi, qui tente de s’imposer à distance comme le leader de la contestation, a salué la « présence glorieuse » de nombreux manifestants « à travers l’Iran vendredi soir », une « réponse aux menaces du traître et chef criminel de la République islamique ». Il appelle désormais à la « grève nationale » dans « les secteurs clés de l’économie, en particulier les transports, le pétrole, le gaz et l’énergie ».
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a déclaré vendredi que la probabilité d’une intervention militaire étrangère était « très faible ». Il a ajouté que le ministre des Affaires étrangères d’Oman, qui est souvent intervenu dans les négociations entre l’Iran et l’Occident, se rendrait ce samedi en Iran.

