Iran : les manifestations se poursuivent, les victimes de la répression « s’entasseraient » dans les hôpitaux
De nouveaux rapports font état de violences à travers l’Iran samedi soir, mais la coupure des communications depuis jeudi soir rend difficile l’évaluation de l’ampleur réelle des troubles. De rares vidéos parvenant à passer le verrou technologique montraient de nouvelles manifestations samedi soir dans plusieurs quartiers de Téhéran, la capitale, ainsi que dans plusieurs villes, dont Rasht au nord, Tabriz au nord-ouest et Shiraz et Kerman au sud.
Selon une vidéo authentifiée par l’AFP, une manifestation a débuté tard samedi soir dans un quartier du nord de Téhéran. Des feux d’artifice ont été tirés au-dessus de la place Punak tandis que des manifestants tapaient sur des casseroles et scandaient des slogans en soutien à la dynastie Pahlavi, chassée par le Révolution islamique en 1979.
« Des balles dans la tête »
Le personnel de trois hôpitaux iraniens a déclaré à la BBC que leurs établissements étaient débordés par l’afflux de patients morts ou blessés. Un médecin d’un hôpital de Téhéran a déclaré que les jeunes avaient reçu « des balles dans la tête, et aussi au cœur », tandis qu’un autre médecin a indiqué qu’un hôpital ophtalmologique de la capitale était en état d’urgence.
Deux des professionnels de santé qui se sont entretenus avec le média britannique ont déclaré avoir soigné des blessures par balle, aussi bien causées par des munitions réelles que par des plombs.
Une femme d’une soixantaine d’années et un homme de 70 ans ont affirmé à CNN que les forces de sécurité, armées de fusils d’assaut, avaient tué « de nombreuses personnes » lors des manifestations à Téhéran vendredi soir. Des manifestants d’un autre quartier de la capitale ont raconté à la chaîne américaine avoir porté secours à un homme d’une soixantaine d’années grièvement blessé : selon eux, il avait une quarantaine de plombs logés dans les jambes et un bras cassé. Ils ont tenté de faire soigner cet homme dans plusieurs hôpitaux, mais ont déclaré que la situation était « complètement chaotique ».
Morgue saturée
La BBC a pu confirmer que 70 corps ont été admis à l’hôpital Poursina de Rasht vendredi soir. La morgue étant saturée, les corps ont dû être transférés. Selon une source hospitalière, les autorités ont exigé des familles des défunts la somme de 7 milliards de rials (6 020 euros) pour autoriser les funérailles.
Un employé d’hôpital à Téhéran a décrit des « scènes horribles », expliquant qu’il y avait tellement de blessés que le personnel n’avait pas le temps de pratiquer des réanimations cardiorespiratoires. « Environ 38 personnes sont mortes. Beaucoup sont décédées dès leur arrivée aux urgences… Des balles directes dans la tête et le cœur de ces jeunes. Nombre d’entre elles n’ont même pas eu le temps d’atteindre l’hôpital », a-t-il raconté, ajoutant que les défunts avaient entre 20 et 25 ans. « Le nombre était si important qu’il n’y avait pas assez de place à la morgue ; les corps ont été empilés les uns sur les autres ».
Selon l’organisation iranienne de défense des droits humains HRANA, au moins 50 manifestants et 15 membres des forces de sécurité ont été tués, et quelque 2 300 personnes arrêtées.
Ali Khamenei inflexible
Depuis le discours sans compromis du Guide suprême iranien vendredi -Ali Khamenei a qualifié de « mercenaires pour des étrangers » ceux qui descendaient dans la rue -, la répression des manifestations se serait accentuée. Samedi matin, après que des bâtiments militaires, policiers avaient été attaqués, et un bâtiment municipal incendié à Karaj, à l’ouest de Téhéran, les Gardiens de la Révolution islamique ont menacé : « Préserver les acquis de la révolution islamique et maintenir la sécurité constituent une ligne rouge », ont-ils prévenu dans un communiqué.
Depuis le 28 décembre, les manifestations se sont propagées à travers le pays. Initialement déclenchées par une inflation galopante à l’initiative des commerçants des petites villes elles ont rapidement pris une tournure politique, les manifestants réclamant la fin du régime clérical.
Les autorités accusent les États-Unis et Israël de « détourner » un mouvement à l’origine pacifique. « Toutes les tentatives des États-Unis et du régime sioniste visent à prolonger la guerre et l’insécurité dans la région, à empêcher l’unité des pays islamiques et à semer la division afin de mener à bien leurs sinistres complots et objectifs », a affirmé le président iranien Massoud Pezeshkian, samedi à Téhéran, lors d’une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Sayyid Badr bin Hamad Al Busaidi. « La nation iranienne soutiendra son pays et son régime avec plus de fermeté qu’auparavant », a encore dit ce modéré.
Donald Trump se dit « prêt à aider »
Un haut responsable du renseignement américain a décrit la situation comme une « course contre la montre ». L’opposition tentait de maintenir la pression jusqu’à ce que des figures clés du gouvernement fuient ou changent de camp, tandis que les autorités s’efforçaient de semer suffisamment la peur pour vider les rues sans donner aux États-Unis de justification pour intervenir, a-t-il déclaré.
Samedi en fin de journée, le président Donald Trump, menaçant le régime des mollahs d’une intervention américaine depuis plusieurs jours, s’est contenté d’un message de soutien : « L’Iran envisage la LIBERTÉ, peut-être comme jamais auparavant. Les États-Unis sont prêts à aider !!! », a-t-il écrit, signant de sa main, et en majuscules, le message.
Selon le New York Times, le président américain aurait été « briefé » ces derniers jours sur les options envisagées par le Pentagone pour frapper militairement l’Iran. Et parmi elles figureraient des frappes sur des sites non militaires à Téhéran. En début d’après-midi samedi, le ministère américain des Affaires étrangères a publié sur X une vidéo, légendée d’un menaçant : « Ne jouez pas avec le président Trump. Quand il dit qu’il fera quelque chose, il le pense ».

