Iran : Internet coupé, menaces de Donald Trump… Ce que l’on sait des manifestations dans le pays

Iran : Internet coupé, menaces de Donald Trump… Ce que l’on sait des manifestations dans le pays

Internet a été coupé en Iran jeudi soir, où des manifestants sont descendus dans les rues de Téhéran tôt ce vendredi, près de deux semaines après le début d’un mouvement de contestation défiant le pouvoir. Jeudi, des chaînes de télévision persanes basées en dehors de l’Iran et d’autres médias ont aussi diffusé des images de manifestations importantes dans d’autres villes comme Tabriz, dans le Nord, et la ville sainte de Mashhad, à l’est.

Que se passe-t-il ?

Le mouvement a débuté le 28 décembre dans les rues de la capitale, d’abord pour protester contre la vie chère. Des commerçants ont fermé boutique pour dénoncer l’hyperinflation, la dépréciation de la monnaie et le marasme économique. Il s’est ensuite propagé dans tout le pays,

Les manifestations visent désormais le pouvoir d’Ali Khamenei, le Guide suprême de la révolution islamique. « Mort au dictateur », pouvait-on entendre dans les rues de Téhéran jeudi soir.

Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.

Tirs et véhicules en feu à Téhéran

Dans la soirée de jeudi, les autorités ont coupé le réseau Internet « à l’échelle nationale », a indiqué l’ONG Netblocks. Dans le même temps, le président Massoud Pezeshkian appelait à « la plus grande retenue », « au dialogue » et à « l’écoute des revendications du peuple », pouvait-on lire dans un communiqué sur son site Internet.

Cela n’a pas empêché le pouvoir de réprimer violemment les manifestants. Des coups de feu pouvaient être entendus sur des vidéos partagées sur les réseaux sociaux avant le black-out communicationnel. D’autres montraient des images de véhicules en flammes et d’infrastructures de Téhéran.

Signe qu’un cap semble avoir été franchi, la télévision d’État iranienne est sortie du silence sur ces événements ce vendredi 9 janvier, expliquant que des éléments « terroristes » soutenus par les États-Unis et Israël ont endommagé des biens publics. « Des voitures, des motos, des camions de pompiers et des bus ont été incendiés », pouvait-on lire dans une courte publication sur Telegram, qui évoquait par ailleurs des « victimes » sans qu’un bilan chiffré ne soit communiqué.

Une semaine après le début du mouvement, l’ayatollah Ali Khamenei estimait que les « émeutiers » devaient être « remis à leur place ».

Un lourd bilan humain selon une ONG

Les ONG ont rapporté l’usage de gaz lacrymogène dans plusieurs localités pour réprimer les manifestations, ainsi que des tirs à balles réelles. Selon Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués au total depuis le début du mouvement.

À Abadan, dans l’ouest du pays, selon IHR, une femme s’est notamment fait tirer dessus, directement dans l’œil, lors d’une manifestation mercredi soir.

Les médias iraniens et les autorités ont de leur côté fait état d’au moins 21 personnes tuées depuis le début des manifestations, dont des membres de forces de l’ordre, d’après un décompte de l’AFP.

« Nous les frapperons très fort »

Sur X tôt ce vendredi, Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah d’Iran, a appelé les Iraniens à amplifier le mouvement. Cette figure controversée de l’opposition, en exil, avait annoncé cet été avoir un plan pour l’avenir du pays en cas de chute du régime des Mollahs.

Jeudi, il a salué la prise de position de Donald Trump, le « leader du monde libre », qui a promis de « tenir pour responsable » le régime. « Il est temps que d’autres, notamment les dirigeants européens, suivent son exemple, rompent le silence et agissent avec plus de fermeté pour soutenir le peuple iranien », plaide l’héritier de la monarchie renversée en 1979.

« Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, ce qu’ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes, ils ont beaucoup d’émeutes, s’ils le font, nous les frapperons très fort », a déclaré le président américain, qui est déjà intervenu au Venezuela et qui convoite le Groenland.

Quelles réactions ?

De son côté, la France appelle les autorités iraniennes « à la plus grande retenue », a fait savoir à l’AFP une source diplomatique française ce vendredi.

Possible conséquence des manifestations, la compagnie publique turque Turkish Airlines a annulé dans la matinée ses cinq vols à destination de Téhéran au départ d’Istanbul. Selon le tableau des départs de l’application de l’aéroport international de la capitale, cinq autres vols assurés par des compagnies iraniennes sont également annulés.